La Fontaine et La Cuisine   [Image de LaFontaine]

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Le Loup et l'Agneau
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Le Loup et l’Agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure:
Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?"
Dit cet animal plein de rage:
Tu seras châtié de ta témérité.
— Sire, répond l’Agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle;
Et que par conséquent, en aucune façon
Je ne puis troubler sa boisson.
— Tu la troubles, reprit cette bête cruelle;
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
— Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né?
Reprit l’Agneau; je tette encor ma mère.
— Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
— Je n’en ai point. — C’est donc quelqu’un des tiens;
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l’a dit: il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans une autre forme de procès.

 


English translations reprinted from The Complete Fables of Jean de la Fontaine
by Norman B. Spector, with permission from the Northwestern University Press;
La Fontaine et La Cuisine, Chicago/Northern Illinois Chapter of the American Association of Teachers of French
with the Assistance of the Multimedia Learning Center, Northwestern University